mercredi 11 mars 2015

Conversation stratégique du 26 février 2015 - Didier Reynaud : « Du commerce, pas de l'humanitaire »

Tride not aid
« Du commerce, pas de l’humanitaire »
Grand principe du commerce équitable.






Jeudi 26 février, Didier Reynaud, membre de l’Association Ekitinfo (qui prendra prochainement le nom de Futur équitable) est venu partager son expérience sur la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et le commerce équitable.

Tout d’abord il nous a parlé de la création en 2009 d’Ekitinfo, association qui a l’objectif d’apporter la plus grande information sur LES commerces équitables.

Son témoignage, en tant qu’acteur de ce secteur en développement, montre que le commerce équitable, comme toute entreprise sociale, est avant tout un engagement personnel né d’un constat sur les problèmes sociaux, sociétaux et écologiques du monde, c’est aussi une aventure et un choix de vie.

Dans son cas, les paroles d’une professeure qui lui a parlé du commerce équitable « comme une manière de changer le monde » l’ont motivé à faire des études de commerce international pour comprendre « ce qui ne va pas dans le commerce » ; plus tard, un voyage en Chine lui fait comprendre l’intérêt de cette démarche.

Il voyage aussi au Canada et au Pérou où il découvre la photographie. Il a rappelé la difficulté, il y a quelques années, à intéresser les écoles de commerce au sujet du commerce équitable et nous a raconté avec fierté comment une école qui se disait ne pas être concernée par ces sujets avait financé son projet photographique en Amérique du sud.

De retour de ce voyage, Didier constate la difficulté à faire changer les habitudes de consommation au sein même de sa famille, la difficulté à se convertir à la « religion de l’équitable ». Il nous évoque aussi le problème de changer les mentalités ainsi que l’énorme travail pour atteindre les petits producteurs locaux et les convaincre des bienfaits de ce type de commerce ; et ceci, malgré le fait qu’il s’agisse d’une vision intégrale du commerce qui concerne non seulement le développement économique des familles qui participent dans les coopératives, mais aussi leur développement social et individuel.

Un souvenir des enfants de producteurs se disant fiers de voir leurs parents faire partie de quelque chose, reprenant confiance en eux-mêmes pour devenir, peut-être un jour, « Présidents du Pérou », montre cette vision de développement individuel, entrainé par l’intégration du commerce équitable dans certaines régions touchées par la pauvreté et la marginalisation. Pour certains producteurs, c’est la porte de sortie de la production de coca.

D’autre part, le commerce équitable concerne aussi un « retour au lien avec la nature » avec le respect des temps de récolte. Il implique aussi d’autres formes de coopération commerciale, par exemple un engagement pour trois ans au lieu d’un seul avec les coopératives de producteurs locaux.

Dans l’ « état d’esprit » du commerce équitable il existe une notion d’amitié, de confiance, de « on croit à ce que vous faites et dites », pour Didier, « c’est un plaisir de partager avec les gens ».

Cependant ce type de commerce n’est pas sans risques, et il ne faut pas uniquement s’arrêter à ses bienfaits, car il existe des externalités négatives qui ne peuvent être anticipées. La dé-marginalisation de producteurs rend leurs régions plus accessibles à des groupes transnationaux ou d’exploitation fossile. Par ailleurs, les firmes transnationales, sont intéressées de plus en plus par ce sujet notamment pour assurer leur sourcing et laver leur image.

Toutefois, même si on se trouve actuellement « à l’adolescence », à une « forme très précaire du commerce équitable », il demeure « une bonne alternative si ce n’est que la seule de construire une autre chose » ; à ce jour, le café est l’un de seuls exemples à avoir intégré le commerce mondial et en mesurer de concurrencer et surpasser certaines entreprises. Cependant, il manque beaucoup de communication sur ce qu’est ce commerce. Il faut faire attention à la manière de le présenter car des publicités qui exagèrent ses bienfaits donnent une fausse idée de la réalité et démotivent les gens, alors que l’on sait que l’engagement est faible malgré la grave situation de la planète et de ses espèces.

Il y a une grande difficulté à montrer qu’il y a un autre monde possible, car le commerce équitable soulève d’autres questions comme la juste répartition de la richesse, la transparence et la responsabilité des entreprises, l’équité des genres dans la gouvernance des entreprises (les femmes représentent 70% des travailleurs dans les entreprises et exploitations de commerce équitable), la discrimination, le travail des enfants, les conditions de travail des producteurs, le respect de l’environnement, et la nécessité de sortir d’un certain discours néo-colonialiste ou paternaliste, car le commerce équitable s’applique autant aux pays du Sud que du Nord.

Pour finir, il en reste que le commerce équitable correspond actuellement à 1% du commerce mondial et 1 million et demi de personnes en bénéficient ; et le terme commence à être inscrit dans la loi de certains pays, « c’est un pas en avant majeur, mais sera-t-il suivi d’effets ? ».

Didier a su nous transmettre son enthousiasme et nous a rappelé qu’il reste beaucoup à faire, que l’on n’est qu’au début.

Liens :
www.ekitinfo.org
(prochainement www.futurequitable.org)

Talía Olvera Martinez
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