Événements

 

HACKING DE L’HÔTEL DE VILLE DE PARIS
24 mars 2016 - 2e édition

 

 



CAHIER DES TENDANCES


Par la promotion 2016 du Mastère CELSA Entreprendre Innovation et création d’entreprise dans la communication et les médias

Malika Aboubeker
Clémentine Dramani-Issifou
Emilie Hourlier
Mehdi Naceri
François Serrie
Marie-Laure Théodule
Jean-Marc Vincenti


En savoir plus... 

SOMMAIRE


Faits & Tendances  

L’œil de l’entrepreneur

Emilie Hourlier, François Serrie, Jean-Marc Vincenti

 

Sur le Vif

English or not english ?
    Marie-Laure Théodule

L’art du pitch : comment convaincre en 3 minutes
      Malika Aboubeker

Le Fumoir : histoires courtes, belles rencontres
    Mehdi Naceri

 

L’Afrique à l’honneur

Financement de l’innovation et des start-ups en Afrique
    Clémentine Dramani-Issifou

Interview de directeurs d’incubateurs africains
    Clémentine Dramani-Issifou, Marie-Laure Théodule

 

En Parallèle

Interview d’un directeur d’incubateur
    Mehdi Naceri

 Interview d’une « start-uppeuse »
    Mehdi Naceri, François Serrie


Faits & Tendances


L’œil de l’entrepreneur



#HackingParis
Par Emilie Hourlier, François Serrie, Jean-Marc Vincenti




Etudiants du MS CELSA Entreprendre, partenaires de Paris&Co pour le Hacking de l’Hôtel de Ville de Paris, nous investissons l’énement dès l’ouverture des portes, le 24 mars 2016 au petit matin.       
Spécialistes de l’innovation dans la communication et les médias, nous jetons un œil d’entrepreneur sur le buffet du petit-déjeuner après le discours d’ouverture prononcé pour l’occasion par Jean-Louis Missika, sociologue des médias et adjoint à la Maire de Paris.

Ravie de nous accueillir jusque dans la salle du Conseil de Paris, Anne Hidalgo, Maire de Paris, rappelle à tous l’engagement parisien à destination des startups comme l’illustre parfaitement Paris&Co.

Du « Paris par les talents du monde » à l’atelier connecté « Ville durable en Afrique », nous parcourons le « Démospace », espace de grande visibilité des innovations tangibles des makers, écoutons ce qui se dit sur les « financements de l’innovation et des startups en Afrique » ou sur les « Opportunités de développement d’une startup en Allemagne » alors que les lieux se remplissent progressivement de participants aux mines concentrées et d’autant de smartphones toujours à portée de main. Un bar à batterie permet à chacun de rester dans la course. Le fil Twitter de l’événement apparaît très vite comme le média le plus suivi de la journée.


Toute la journée, s’enchaînent de manière plus ou moins anticipée et organisée, rencontres et échanges business. On observe, on repère, on écoute, on se présente dans le dédale des salons et couloirs de l’Hôtel de Ville de Paris. On met en lumière, on « réseaute », on se connecte, on jubile devant les possibilités d’un partenariat, on frémit face à l’effervescence incessante. Bref, chacun vit intensément tout ce que l’entreprenariat offre pour demain. Même si personne ne sait encore bien la forme qu’il prendra.


Porteurs de projets, entrepreneurs Made in CELSA, nous vous proposons un panorama de cette journée : entre pitchs des Startup Councils, tables rondes et rencontres.
Une remarque sur les deux sessions de pitchs : la première est consacrée aux porteurs de projet en phase d’amorçage, cest-à-dire qu’ils sont à la recherche d’une levée de fonds inférieure à un million d’euros, tandis que la seconde se concentre sur des projets plus mûrs, en quête d’une levée de fonds supérieure à 1 million d’euros.






PREMIERE SESSION : GRAND PUBLIC ET INNOVATION DUSAGE
Lors de la première session qui s’est déroulée le matin, nous avons pu observer que les start-up appartiennent à des domaines divers et variés comme la musique, l’alimentation, la finance … De plus, on s’est rendu compte que la plupart des projets sont destinés à l’innovation d’usage et au grand public, ce qui peut paraitre évident à première vue quand il s’agit de start-up qui sont dans les ressources humaines, dans le sport  ou dans le marketing ; alors que l’autre moitié est clairement assignée à un marché de niche.





DEUXIEME SESSION : UN PEU PLUS DE TECHNOLOGIE
Lors de la deuxième session qui a eu lieu l’après-midi, nous avons pu remarquer une différence avec la session précédente. Pour commencer, il y a quelques similitudes comme le fait que la majorité est assignée à une innovation d’usage. Cependant il y en a quelques-unes qui sont plus orientées vers une innovation technique. Un point intéressant à prendre en compte est le fait que les start-up, en fonction de leur spécialité, sont plus concentrées dans une zone. C’est-à-dire que, par exemple, toutes les start-up qui sont dans l’alimentation sont des innovations de niche et d’usage, ou celles qui sont dans le marketing sont des innovations pour le grand public. Cela se traduit par le fait que ces porteurs de projet sont à un stade avancé et ils savent exactement ce dont ils ont besoin pour pouvoir continuer leur aventure.


Durant ces sessions, chaque entreprise a essayé de se différencier par rapport aux autres pour séduire les investisseurs en utilisant des méthodes originales. Prenons l’exemple de Deliver.ee qui a mis des photos à la place d’un PowerpPoint explicatif afin d’attirer l’œil, tout en accompagnant sa présentation d’humour. Finalement, que ce soit la première ou la deuxième session, la plupart des start-up qui ont participé sont principalement fondées sur des innovations d’usage, souvent évolutives.
Les startups ayant pitché nous semblent appartenir à une communauté de langages et de pratiques dont nous avons essayé de dégager les mots clés :




NUAGE DE MOTS CLES : les mots clés, tous anglais, révèlent un savant mélange de technologie (Big data, hub, complex algorithms) et de convivialité (Sharing, non intrusive, team)
Enfin, avant la session de pitchs inversés durant laquelle les startuppers prennent la place des conseillers de Paris pour écouter 7 grands comptes présenter leur business au niveau national et international et leurs futures opportunités pour les startups, la journée du Hacking nous offre une alternance de rencontres en face-à-face à l’occasion du Start up Meet up et de workshops « Start-ups sans frontières ».


Sur le Vif




English or not english ?



#HackingParis
Par Marie-Laure Théodule




Les sessions de pitch se déroulent dans l’imposante salle du conseil de l’Hôtel de Ville de Paris. Le côté solennel de l’endroit ne facilite guère la tâche des start-uppers qui n’ont que 3 minutes pour convaincre des investisseurs confortablement installés dans leur fauteuil de nantis. Il faut se démarquer pour convaincre. Convaincre, oui, mais comment ?

Pas tellement par la langue 
L’anglais est devenu la langue incontournable des start-uppers (Eh oui…) et des investisseurs. Soit qu’ils utilisent une sorte de franglais où un vocabulaire anglo-saxon s’impose sans équivalent en français : pitch, start-up, scalable, smartphone, matching, customize, big data, etc. Soit qu’ils doivent parler uniquement en anglais, comme c’est le cas pour les pitchs.
Lun, s’avouant vaincu d’avance devant ce combat linguistique, a l’astuce de recourir à une vidéo dans la langue de Shakespeare pour combler son manque. Mais tous les autres se plient avec plus ou moins de bonheur à la règle sous-jacente, ce qui donne lieu à des présentations elles aussi plus ou moins fluides et compréhensibles.
Même uniformité pour le choix du nom de leur entreprise : de Skyboy à Julie Desk en passant par DeepOr et Jobmaker, il n’y a guère que « Mon petit voisinage » qui ose encore, à linstar de « Michel et Augustin », choisir la langue de Molière.

Ni par le format 
Le format court, 3 minutes, donne aux présentations un caractère assez standardisé et répétitif qui finit par lasser au bout de 1h30. L’ordre alphabétique semblant être respecté, mieux vaut choisir d’appeler sa start-up Adways que Sport Easy ou Whask. Mieux vaut aussi, enfin semble-t-il, être un homme, entre 30 et 40 ans, avec une barbe, et à fond dans les appli pour smartphone.
Mais peut-être pas après tout ? Ne se démarquera-t-on pas plus si on est une femme comme Valérie et que l’on vient présenter un magazine pour les femmes 100 % cosmopolitain, L6MAG. Ou si on se lance dans le crowdfunding dédié au sport comme Fosburit ? Ou encore dans la production d’une machine à faire des cocktails comme Blendbow ?
Les appli pour smartphone enfin sont plus nombreuses dans la session de pitchs du matin dédiée aux projets à moins de 1 million d’euros que dans celle de l’après-midi qui concerne des projets plus mûrs. Sans surprise, ceux-ci sont donc presque tous dans une stratégie de développement à l’international, pour laquelle il vaut mieux sans doute s’appeler « Julie Desk » que « Le bureau de Julie ».


 Sur le Vif


L’Art du Pitch : comment convaincre en 3 minutes


#HackingParis
Par Malika ABOUBEKER

Le #HackingParis démarre tout doucement, ce matin-là, les organisateurs se préparent en attendant l’arrivée de la foule d’entrepreneurs. S’y mêlent le personnel de la Mairie de Paris, l’équipe de Paris&Co, les start-up Partenaires ainsi que les médias. Tout le monde a l’air ravi de vivre cette effervescente agitation au milieu d’un cadre assez singulier : celui des salons de l’Hôtel de Ville de Paris. Très vite, les rencontres se font avec le regard posé directement sur le badge avant même de se saluer. « La raison sociale » a-t-elle remplacé le regard ? Le décor est planté : les rencontres sont « intéressées ». Eh oui ! Pas de temps à perdre, si ta start-up mintéresse, je te parle … sinon, je passe mon chemin. D’autres ont choisi un code couleur : le foulard orange, en tant que start-up invitée ou soutenue par Orange, ou portent ostentatoirement l’écharpe du pitcheur.

Les sourires se dessinent dès que le café commence à être servi, et oui, la pression monte, les pitchs vont bientôt démarrer. Les regards se figent sur les badges et là, on repère la pastille bleue, celle qui distingue les investisseurs des porteurs de projet.
Dans la foule, on découvre des startuppers concentrés et un peu tendus qui préparent leur montée sur le podium. Convaincre en 3 minutes, et en anglais bien que l’auditoire soit à 95% francophone ? Curieux. Mais l’anglais est la langue du business, les startuppers jouent donc le jeu.

Certains sont coachés, accompagnés, d’autres pas …
On a l’impression que l’exercice est maitrisé, l’Art du Pitch est une discipline qui s’enseigne, qui s’étudie et qui s’achète même, quand on voit le succès des licences TEDx, commercialisées par TED dans le monde entier.
Roulement de tambour, l’auditoire est installé dans la Salle du Conseil, les pitcheurs sont tous réunis autour de l’entrée de la scène, on y sent une tension diffuse cachée derrière un air très assuré.

Smartphones branchés sur le chronomètre, on repère ainsi les organisateurs. En bas de la scène, l’équipe de Paris&Co, face aux ordinateurs portables, « live tweete » ; d’ailleurs ce ne sont pas les seuls, les hastags #50council, #hackingsParis circulent, à tel point que dans le fil d’actu de Twitter le Hacking devient la plus grande tendance de la matinée. Certains twittos, porteurs de projets n’hésitent pas à afficher fièrement qu’ils sont « in ».

Photographes et caméramans installés. Tout le monde est prêt. La 1ère session démarre, de 11h à 12h30, 24 porteurs de projets vont pitcher pour demander jusqu’à 1 million d’Euros. Les « Stand-Pitcheurs » défilent. On retrouve les même invariants (Slide sur PPT, la RoadMap), des phrases en fin de présentation : « Winners take All » ou « Power to the Makers ». Le discours en anglais assaisonné par un délicieux accent français reste la tendance majeure. :as de dress code, certains sont habillés en costume, d’autres pas, certains portent l’écharpe, d’autres pas. Très vite, on se rend compte que le pitch n’est pas si lissé et maitrisé, malgré les dispositifs existants qui aident à la préparation du pitch (livres, cours, répétitions). La fragilité de certains reste marquante, l’émotion prend le dessus jusqu’au point même de rater totalement ces 3 minutes de pitch. Et oui, à ma grande surprise, la spontanéité et l’émotionnel ont pris le dessus malgré la préparation de ce rendez-vous. D’ailleurs, la porteuse de projet qui nous a offert ce magnifique bug a reçu un tonnerre d’applaudissements. L’auditoire est humain : son pitch raté à retenu l’attention de tous, du coup, son projet aussi.
Bien entendu, certains se distinguent, mais au final très peu. Comment ? En affirmant clairement le montant demandé à la fin de leur pitch. D’autres détournent le pitch en présentant une vidéo. Une autre startuppeuse se distingue en parlant de son projet sans communiquer sur le contenu de son innovation. Un pitch « voilé » ? Aussi appelé le « Stealth Mood », ou pitch sous-marin, pratique très répandue dans la Silicon Valley afin de préserver la confidentialité de l’innovation. Très peu ont utilisé le « Story Telling » qui est pourtant le « Tuner » du Pitch.

Le ton change lors de la 2ème session de Pitch, qui rassemble des startups plus mûres en quête de levées de fonds supérieurs à un million d’euros ; on sent un peu plus la pression à lentrée de la scène. Un dress code plus affirmé, beaucoup plus de costumes, de répétition en « off » et surtout une envie exprimée par tous les « Stand Pitcher » : envie d’être bordé comme des artistes, une loge ? De l’eau, du silence ? Un temps de respiration Yoga/ Coach ? On sent le besoin d’être rassurés. Car, oui, l’enjeu est fort. La présence des pastilles bleues est bien plus visible après la pause déjeuner, et l’arrivée des « Reverse Pitcher » commence à se faire sentir.

Très peu de bug, on sent un discours maitrisé mais les invariants restent bien les mêmes : slide PPT, vidéo, Road Map, Equipe, les contacts … Sauf que cette fois-ci les montants demandés sont bien affirmés. Ce lissage du pitch « monotonise » un peu la séquence, heureusement certains porteurs de projets qui assument la non maitrise de l’Anglais, nous offrent du coup une présentation vidéo un peu plus originale, et drôle.
Très peu de Story Telling, avec 3 minutes pour convaincre avons-nous réellement le temps de nous pencher sur l’origine de la création du projet ?

Qu’en pensent les investisseurs ? Le Story Telling est le « Tuner » du Pitch, « Elevate a Pitch », permet de sentir la passion du porteur de projet, c’est ce que me confient certains investisseurs. D’autres, partagent leurs frustrations de voir défiler rapidement le slide final qui ne laisse même pas le temps de noter les contacts de la Start Up repérée. Ils restent un peu sur leur faim. Ils ont également noté, surtout pour la session du matin, l’absence claire et affirmée du montant demandé, ça les a même surpris : pourquoi ne pas afficher clairement ses besoins ? D’autres auraient aimé connaitre l’Entreprise, non pas les photos des membres de l’équipe mais leurs fonctions et où ils en sont.

« Pourquoi « Paris&Co » n’a-t-il pas préparé un dossier plus complet présentant les Porteurs de projets avec un état des lieux de leurs start up  accompagné des coordonnées, cela permettrait un meilleur suivi des pitchs ? » me confie un investisseur un peu déçu.
Autrement dit, existe-t-il un pitch parfait en 3 minutes qui inclut la passion, la maîtrise de l’anglais, le story telling (ou spin off tales), l’énergie créative et la présentation synthétique néanmoins attractive du projet ?
Le pitch est incontestablement la figure imposée qui permet l’intégration du porteur de projet à l’éco-système des start-up. Maitriser le langage « fran-glais » (makers, disrup, scalable …), être sûr de soi tout en étant fun à la façon TEDx, est-ce la meilleure « recette –attitude » pour réussir sa levée de fonds ?
Comment le « Stand-pitcher » réussit-il à se distinguer face à cette « normalisation » du pitch ?
Ce sont les questions que je me pose en qualité de futur « Stand –Pitcheuse » sur le prochain Hacking de Paris 2017.



Sur le Vif



Le Fumoir, histoires courtes et belles rencontres


#HackingParis
Par Medhi Naceri



Le fumoir, quelles belles histoires !



AMBIANCE DE CONTE DE FÉES

Il était une fois un lieu majestueux, en plein centre d'une cité merveilleuse. Gigantesque Mairie de Paris, ornée de statues plus sublimes les unes que les autres. L'extérieur laisse une impression de grandeur et d'Histoire. La multitude de fenêtres s'enchaînant sur des dizaines de mètres abreuve notre vue d'un spectacle appréciable.

Envoyé spécial, entrepreneur-étudiant au CELSA dans le MS Entreprendre (Innovation et Création d’entreprise), j'ai l'accréditation pour me faufiler dans tous les recoins de l'Hôtel de Ville de Paname ! Tout y est passé puisqu'un événement entrepreneurial, le Hacking, avait lieu et me donnait la chance de pouvoir me promener dans le plus beau palais qu'il m'ait été donné de voir.

Après m'être trompé d'entrée, j'eus la surprise de voir peu d'agents de sécurité par les temps qui courent. Passer par les détecteurs de métaux sans sonner, étonnant au vu des clés, ceinture, montre et manteau. Tant pis, on ne va pas se plaindre, pour une fois que je ne me fais pas contrôler !

Quelques pas plus loin, la cour centrale vous appelle. Un tapis rouge est disposé à même le sol. La hauteur sous plafond est impressionnante tout comme les piliers harmonieux. Bizarrement, je remarque à mon grand étonnement que deux poubelles/cendriers sont disposés juste devant un escalier où continue le tapis rouge.


ENTRÉE DANS LA DANSE

Un homme, brun, la trentaine, grelottant parce que mal couvert, cheveux au vent et crotte au nez, sa cigarette, non il ne la lâchera pas.
Il est en train de fumer, je l'interpelle :
-          « Bonjour, je cherche un événement dans le coin. »
-          -en tirant une taffe- « Hum pff... Ouais, tu suis le tapis rouge en haut des escaliers... »
-          « D'accord ! Merci et bonne journée ! »

Pas très intéressante comme conversation mais le fait est que je me suis vu redescendre ces longs escaliers pour venir fumer ma clope !

Je monte, les fresques de plusieurs mètres et les vitraux colorés. J'arrive au vestiaire. Là, une équipe d'étudiants en hôtellerie me prend en charge comme si j'étais Hollande arrivant en boîte de nuit. Je me laisse faire puis guider : « C'est en haut ! » -sourire-

Non, je ne sourirai pas. Si l'enfer était le fumoir, le paradis s'avérait long à atteindre. Après quelques dizaines de volées de marches, entrée dans l'arène. Un bruit ambiant vient titiller mon oreille, on sent qu'il n'y a pas encore beaucoup de personnes à l'écoute des échos retentissants dans les halls de l'Hôtel de Ville.

Quelques heures plus tard, c'est la cohue. J'ai obtenu des informations au compte-goutte sur quoi faire pour le blog du MS Entreprendre et du CELSA ainsi que pour Paris&Co. Je décide de me lancer dans la croisade des prises d'interviews. Mais avant cela, PAUSE CLOPE !


LA PREMIÈRE CLOPE ! - TWEET AND RETWEET, THAT’S THE POWER !

En arrivant à l'entrée de l'événement, situé deux étages plus haut que mon but, je suis à deux doigts de rebrousser chemin. Mais la Nicotine m'a tueR. Je prends mon courage à deux mains et commence à descendre l'escalier imposant, le tapis rouge digne du Festival de Cannes, les lustres rappelant ceux du château de Versailles. Oui, c’est un beau moment.

Arrivé à mon but, je vois qu'il y a déjà un grand nombre de personnes qui s’est amassé contre les murs du fumoir. Oui, il faisait froid, très froid. L'idée de remonter prendre mon écharpe et mon manteau m’a traversé l'esprit mais l'appel de la fumée était trop fort. Ni une ni deux, j'allume ma clope et j'essaie de me faire une place dans l'amas de pestiférés fumeurs de charbon.

Après quelques évitements, j'arrive à me poser contre un mur. Là, j'entends une conversation entre des étudiants de relations publiques et attachés de presse. Ils parlent de Twitter, cela fait TILT. Je me connecte à Twitter et regarde ce qui se passe sur mes comptes lorsque, deuxième TILT, je me dis « Pourquoi ne pas créer un compte Twitter pour le MS Entreprendre et utiliser l'événement comme rampe de lancement pour acquérir un maximum de Followers ! »

Je jette ma clope et monte les 357 marches avec mon cou tendu, ma tête baissée et mes yeux rivés vers une seule chose, Twitter. Arrivé en haut, le compte était créé et un premier tweet était envoyé. À la fin de la journée, plus d'une centaine de followers entrepreneurs, étudiants, investisseurs et autres se sont abonnés.


LE BUFFET ET LE SCOOP

Plus tard dans la journée, vers 13 heures, le buffet donne lieu à une bataille rangée entre ceux du premier rang, collés au buffet, et ceux des 2e et 3e rangs qui s'entraident ou se combattent pour obtenir le bon cure-dent et le bon petit four. Étrange mélodie lorsqu'un entrepreneur énervé et orageux me bouscule, se jette sur la nourriture et s'en va en grognant.

Malgré cela, je me suis aperçu que des petites serviettes, avec un logo et le nom d'une marque, étaient disposées sur les tables un peu partout. Après que la tempête est passée, je discute avec le traiteur du buffet. Un homme très serviable et assez sincère. Je me lance donc et lui tiens à peu près ce discours :
-          « Bien joué le coup des petites serviettes et du logo marqué dessus. »
-          « C'est-à-dire ? »
-          « Bah c'est un bon coup de communication pour votre entreprise de traiteur, non ? »
-          « Heu oui. Sauf que nous n'avons pas de mini-serviettes. Donc c'est un peu bizarre cette histoire. »
-          « Ah étrange, pourtant je les ai bien vues. »
-          « Tant pis ! Ils sont ingénieux ces jeunes ! »

Après une poignée de main amicale, cette incartade et cet excellent buffet, je repars fumer.


LA DEUXIÈME CLOPE ! VC OR NOT VC ?

Mais que vois-je ? Encore un amas de personnes éclectiques. J'arrive en bas des marches et je me rends compte que je n'ai plus mon feu. Je suis vert. Je demande, avec un signe de la main que seul des fumeurs avertis peuvent comprendre, deux hommes en costumes bleu marine, cravates assorties et chemises blanches répondent à l'appel envoyé.

-          « Merci »
-          Moi : « Merci »
-          Homme en costume n°1 : « De rien. »
-          Homme en costume n°2 : « Alors, vous êtes étudiants ? »
-          Moi : « Non. Je suis entrepreneur et étudiant. Et vous, que faites-vous ? »
-          Homme en costume n°2 : « Nous sommes collègues et nous travaillons pour un grand fond d'investissement. »
-          VC (veste costume) n°1 : « Je vois que vous avez le badge d'une société, c'est la vôtre ? »
-          Moi : « Oui c'est la mienne. Nous sommes éditeur de logiciel et d'application à la demande. Est-ce que le Hacking est intéressant pour votre fond ? »
-          VC n°2 : « Oui il l'est ! Il y a beaucoup de startups mais moins qu'on ne le pensait. Nous attendons les Pitchs et Reverse Pitchs et nous faisons les Startups MeetUp. Et pour vous ? »
-          Moi : « Le cadre est impressionnant. Les acteurs de la FrenchTech sont présents. Des guests comme Anne Hidalgo vont venir faire un tour. J'ai rencontré des startuppers donc oui c'est intéressant. Justement, j'aimerais interviewer des investisseurs dans le cadre de l'école. Vous êtes là, je suis là. Vous avez 5 minutes ? »
-          VC n°1 : « Ah oui, non, je dois faire un MeetUp dans 15 minutes donc c'est short. Par contre, je vais prendre votre carte de visite et je vous appellerai. Nous travaillons avec des grands comptes et votre entreprise peut répondre à certains de leurs besoins. »
-          Moi : « C'est parti. Tenez. »
-          VC n°2 : « Je suis disponible mais je dois aller vers la NewsRoom, vous y avez accès ? »
-          Moi : « Oui. Le CELSA est partenaire de l'événement. »
-          VC n°2 : « Alors allons-y ! »

Oui, le fumoir débouche sur des interviews et des opportunités d'affaires plus qu'intéressantes et utiles pour l'avenir de nos projets.


LA REMONTÉE EST AUSSI HEUREUSE QUE LA DESCENTE

Je remontre, épuisé mais ému d'avoir peut-être dégoté un nouveau collaborateur en fumant une cigarette. Je m'engouffre dans le Hall principal lorsque j'entends crier mon nom.
-          Humain étrange : « Mehdi ! Mehdi !!! »
-          Moi : « Ouais ouais ouais ?! » -en me retournant-
-          Humain moins étrange : « Ça va mon pote ?! »
-          Moi : « Ça va Joe ?! »
-          Joe : « Bah ouais pépère ! Là j'ai déjà fait cinq rendez-vous avec des grands comptes pour Lettre d'un Jour et deux entrepreneurs pour Mr and Mrs Corks. »
-          Moi : « Ah ouais t'assures ! Ça va payer. Tu vas faire quoi de ta journée? »
-          Joe : « Ouais t'inquiètes. Là j'ai un rendez-vous à l'extérieur. Je reviens ici après. J'ai plusieurs rendez-vous mais on se voit entre 16 et 17 heures. OK ? »
-          Moi : « C'est parfait. On se dit 16 heures et je t'interview pour le blog de mon équipe. OK ? »
-          Joe : « Ça me va poto ! À t'à'l'heure ! »



FUMOIR, OH ! MON BEAU FUMOIR

Quelques heures plus tard, animé par l'envie de faire de nouvelles rencontres, je descends au fumoir. À mon arrivée, trois hommes conversent ensemble. Derrière eux, un couple discute. Mes anciennes expériences m'ont appris une chose. Si tu ne te colles pas contre un mur et qu'un corps humain, debout, de dos ou de face, soit près de toi : tu auras froid. De ce fait, la place est à l'embranchement entre le dos du 3e homme et en face du couple. Parfait ! Je me lance dans ma danse « esquivatoire » et arrive à mon but sain et sauf. Quoique, un peu de morve commençant à couler de mon nez me chatouille les narines. Deux mouchoirs, huit mouchages, du dégoût venant des fumeurs plus tard, je me ressaisis et allume ma clopasse.

La femme du couple me regarde avec insistance et essaie de lire mes badges. Sur l'un est écrit « Ecole de Journalisme » et sur l'autre « DevConsult (www.devconsult.fr) », ma société. Après avoir ajusté ses lunettes une dizaine de fois, je l'interpelle :
-          Moi : « Bonjour, vous n'arrivez pas à lire ? »
-          Femme en couple : « Ahhhh ! Vous m'avez grillée ?! -rires- Oui-oui, je n'arrive pas à lire, c'est trop petit... » dit-elle d'un air dépité.
-          Moi : « C'est pas si grave ! Je suis entrepreneur et partenaire de cet événement grâce à mon école actuelle, le CELSA. Et vous deux, que faites-vous ici ? »
-          Femme en couple : « Bonne question ! -rires- Moi je suis entrepreneure. J'ai créé une association et une ONG pour aider les immigrés et réfugiés défavorisés dans le monde. Nous essayons de créer une plateforme collaborative et nous espérons nous faire financer car nous sommes tous bénévoles ! »
-          Homme en couple : « Heeuuu, perso je ne sais pas ce que je fous là. On m'a dit de venir ici et je suis venu. Je suis étudiant en journalisme et voilà. »
-          Moi : « La chance ! Je suis tombé sur des gens passionnants ! J'ai fait du journalisme et j'en fais toujours un peu par ci par là. Tu as dégoté des scoops ? Des interviews ? »
-          Etudiant en journalisme en couple : « Non, pas vraiment... En fait, j'ai la flemme, il fait froid, j'ai pas graillé, j'suis fatigué, j'ai pas de projets, je n’sais pas ce que j'fous là... »
-          Moi : « Ah... D'accord. Sinon... »
-          Entrepreneure en couple : « Et vous, que faites-vous réellement ? »
-          Moi : « J'entreprends dans l'édition et le développement de logiciels et d'applications à la demande. J'ai aussi créé, avec l'aide d'un informaticien de génie, un moteur de recherche de services à la personne – www.majoradom.com – Utile pour trouver un service géo localisé près de chez vous et donc localement. En ce moment nous créons, mon équipe et moi-même, un réseau social communautaire politique à destination du premier parti de France : les Abstentionnistes. Ce sont souvent des Indignés, des déçus, des rejetés, des antisystèmes et des électeurs mécontents. »
-          Entrepreneure en couple : « Mais c'est génial !!! Ça rejoint totalement notre concept de collaboration et d'entraide. Je souhaite que du bon pour ton projet ! Ça te dérange pas que je te tutoie ? »
-          Moi : « Non-non pas de soucis. Et ta plateforme tu veux qu'elle serve à quoi ? Comment tu vas la créer ? T'as des innovations ? »
-          Etudiant en journalisme en couple : « Bon... Moi j'ai fini... -signe de la tête- » dit-il en reprenant les escaliers rouges.
-          Entrepreneure en couple : « Ah lala... Il était vraiment space ce mec. Bref ! Tu me disais ? »
-          Moi : « Hein ? Tu n'es pas son amie ou sa copine ? »
-          Entrepreneure associative : « Non du tout ! J'ai essayé de lui parler de mon projet avant ton arrivée. Il n'avait pas l'air concerné par grand-chose sauf sa clope... »
-          Moi : « Ah d'accord, j'aurai cru de loin. Tu t'appelles ? »
-          Entrepreneure associative : « Léna et toi ? »
-          Moi : « Mehdi, ravi. Donc dis-moi Léna, pourquoi et comment vas-tu créer ta plateforme collaborative ?
-          Léna : « Je veux la créer car c'est incroyable ce qu'il se passe en France. Je reviens de la Jungle de Calais. C'est horrible. C'est impossible et inimaginable. Il n'y a que très peu d'organisation et les immigrés n'en peuvent plus. Il me faut un développeur pour produire une plateforme qui organisera les aides, les dons, les secours. Tu savais qu'il y a parfois trop de dons de nourritures à Calais ? Que certains viennent des Pays-Bas pour aider ces pauvres gens. Et quand on leur dit qu'on en a trop, au lieu de tout jeter, on leur indique d'autres camps de réfugiés où il n'y a rien à manger. Tant qu'à faire une bonne action, autant la faire jusqu'au bout ! »
-          Moi : « Non je ne savais pas... C'est un truc de ouf. Je comprends pourquoi tu veux faire tout ça et ...-regardant sur ma gauche, je m'aperçois que nous sommes guettés et écoutés- Je te souhaite d'aller le plus loin possible. Il te faudra forcément de l'argent. Tu as réussi à trouver des contacts au Hacking ? »
-          Léna : « Oui deux ou trois mais rien de bien chatoyant... »
-          Moi : « Monsieur, vous voulez discuter avec nous ? Nous sommes entrepreneur(e)s ! »
-          Indien barbu : « Hi, Yes if you accept me. Your projects seems beautiful ! «
-          Léna : « Thanks ! And you are ? »
-          Indien barbu : « I'm  ?????? , a VC of a big indian company. We have a lot of startups, spaces of co-working, Labs, etc. »
-          Moi : « It's cool ! And you are on which part of the startup invest process ? »
-          VC indien : « All of them ! At the beginning, Seed, Serie A, B, C, etc »
-          Léna : « Wow ! You are only the one to do that. In France, its not the same process. »
-          Moi : « Yes ! It's a strange way but if you are here, it works ! »
-          VC indien : -rires- « Yes I know ! Its magical but we want to find european startups to innovate in India. And we search the kind of project that you talk together. »
-          Léna : « Seriously ? Ok, So........ »


Cette conversation s'est continuée dans les escaliers rouges. En compagnie du VC et de Léna, je parlais un anglais simple mais professionnel. Enrichissant pour la suite. Je les ai accompagnés jusqu'à l'entrée de l'événement au deuxième étage. Là, nos chemins se sont séparés. Il avait une carte de visite. Elle n'avait pas de carte de visite. Je n'en avais plus. J'ai reçu un appel d'un client important. J'ai dû répondre. Elle a discuté avec le VC et se sont échangés leurs coordonnées. Ensuite, me voyant toujours au téléphone, elle a attendu quelques minutes puis est parti. Ce fut une très belle rencontre. Souriante, entreprenante, le cœur sur la main et la tête pleine de rêve.

Ce fugace moment qu'est la cigarette peut à jamais changer notre vie, notre façon de voir les choses, de dialoguer et d'argumenter avec autrui. Allons vers les autres et n'en ayons pas peur. Tentons et retentons jusqu'à construire un réseau solide et durable. Créons des interactions car ce sont les seules choses qui nous restent d'humains. Changeons les mentalités. Agrandissons le fumoir pour toutes les prochaines éditions du Hacking ! S'il-vous-plait ! Please !



 L’Afrique à l’honneur


Financements de l'innovation et des startups en Afrique

par Clémentine Dramani-Issifou
Synthèse de la table-ronde proposée par AfricaFrance



Modération : Pierrick Chabi
Invités :
          ­  Olivier Lafourcade, président du Conseil d’Administration de l’IPDEV, ancien directeur de la Banque Mondiale.
          ­  Karim Zine­Eddine, directeur des études et des relations avec l’Afrique, Paris EuroPlace.
          ­  Frédéric Linglois, secrétaire général Innovacom ­ responsable du groupe Entrepreneuriat, AFIC.
          ­  Steven Hearn, président, Scintillo
          ­  Ludovic Centonze, directeur de projet RSE, Orange pour le developpement
          ­  Adrien Aumont, co­fondateur de Kisskissbankbank
Clôture par Gilles Babinet, actuel digital champion de la France auprès de la commission européenne et membre du conseil stratégique de la société de conseil EY.




Dès les premiers mots d'introduction de Marion Scappaticci d’AfricaFrance, association créée par Lionel Zinsou, banquier d'affaires en lice pour les élections présidentielles qui se sont déroulées au mois de mars dernier au Bénin, le ton est donné : Ce n'est pas tous les jours qu'on réunit à Paris les “experts”du financement des startups en Afrique (...). À une certaine période on vous disait d'aller en Asie, aux Etats­Unis ou à Berlin... Eh bien, aujourd'hui l'endroit où il faut aller c'est l’Afrique (...). Pour vous faciliter cela, on s'est dit qu'on allait vous faire rencontrer les gens qui allaient vous encourager à y aller tout en étant réaliste...”
En effet, ce n'est pas tous les jours qu'on se réunit pour parler startup et innovation en Afrique à Paris. Avant de donner la parole aux six intervenants qu'il présente volontairement “un peu comme des hackers, car vous bidouillez, vous adaptez les modèles auxquels vous ê
tes habitués pour vous adapter aux réalités locales”, Pierrick Chabi précise qu’il n'est pas un spécialiste mais que le sujet lui tient à cœur depuis plusieurs années.
Cette dynamique n’est pas nouvelle” si l'on en croit le modérateur de la séance, lui-même
 startuper (cf. la géniale application Wakatoon) et à l'initiative de startup AfricaParis, un groupe de 500 entrepreneurs d’Afrique et des diasporas. À lui de poursuivre : “ le développement des nouvelles technologies a favorisé l'émergence de startup en Afrique et la circulation d'informations. C’est une très bonne chose que cela soit médiatisé parce que ce dynamisme a besoin de visibilité pour susciter l'intérêt des professionnels locaux et internationaux qui peuvent impacter positivement l'essor du secteur économique des startups et sa structuration”.
 
Les 6 experts, des hommes franç
ais de 40 à 60 ans en moyenne, nous présentent tour à tour les initiatives passionnantes des groupes qu'ils représentent, créent et développent sur le continent pour financer “le développement des startups, de l'innovation et des petites et moyennes entreprises en Afrique” : développement d'outils d'accès aux financements (capital­-risque, crowdfunding, financements locaux), création d'incubateurs avec d'autres partenaires du secteur privé et public au Sénégal, au Mali, en Guinée, au Niger, etc., des outils de formations ou encore par exemple des projets du type “Data for development” porté par Orange.
Au fond à écouter ces experts, on a cette impression renforcée par ce qui nous a é
té dit en introduction, qu'il faut en effet “ aller en Afrique maintenant sans se poser de question”.
L’Afrique serait le nouvel eldorado des entreprises françaises : “l 'Afrique est un continent qui croit et qui croît de plus en plus vite, le continent est aux frontières de la finance mondiale c'est un fait.” Attention toutefois à ne pas se méprendre “On parle souvent de l'Afrique alors qu'il existe DES Afriques : il y a des pays aux réalités très différentes : l’Afrique du sud se compare difficilement aux autres régions, mais en revanche il y a un dynamisme, une tendance de fond qui fait que la croissance économique en Afrique est telle qu'on a “impérativement” besoin de trouver des solutions opérationnelles pour financer cette croissance. Au regard de la digitalisation des services financiers au niveau mondial, cette évolution va permettre à l'Afrique de “rattraper le retard pris dans ce domaine”...

À Gilles Babinet de conclure que “nous sommes à un point d'inflexion de l'humanité (...). Il y a une sorte d'accélération de la prise de conscience que le potentiel de croissance est en Afrique (...) et il est nécessaire de penser des modèles de développement adaptés aux caractéristiques locales.
On aurait aimé justement entendre davantage la parole de ces entrepreneurs venus d’Afrique, de ces femmes et de ces hommes présents dans l'assemblée, de ces voix du continent : celle d’une Afrique qui ne doit plus nécessairement “courir sur les sentiers qu'on lui indique, mais prestement sur le chemin qu'elle se sera choisi”. (In Afrotopia, de Felwine Sarr)




 L’Afrique à l’honneur


Rencontre avec des directeurs d’incubateurs africains


Souleymane Drave : « Le Hacking de l’Hôtel de ville, une bonne source d’inspiration pour notre incubateur au Mali »

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots l’incubateur Createam ?
L’incubateur Createam (Centre Révélateur et Accélérateur de Talents d’Entreprises au Mali)  a été mis en place à Bamako dans le cadre d'un partenariat  public/privé, avec plus d’une dizaine de sociétés nationales et internationales de droit malien au nombre desquelles : l’IHEM, DFA Communication, l’APEJ, Orange Mali, ‘’ENTREPRENDRE-MALI’’, Total Mali, Mercy Corps, Alliance, Yuv, Agence Française de Développement (AFD), LUNDI FOUNDATION, entre autres. L'incubateur intervient dans 4 domaines d'activités essentiellement :
-         l’agro-business
-         L’éthique
-         Les énergies renouvelables
-         L'environnement
Souleymane Drave
Directeur de l'incubateur Créateam au Mali
L'opérateur Orange Mali finance en grande partie sa mise en place à Bamako. C'est le 1er incubateur du genre au Mali pour les jeunes entreprises et start up qui ainsi bénéficient d'un accompagnement dès leur création...il s'agit grâce à cet incubateur de créer un écosystème favorable pour développer, accélérer la croissance et pérenniser les  entreprises maliennes.
D'autres incubateurs existent aussi en Guinée, au Sénégal, au Niger...il s'agit d'une stratégie globale à l'échelle ouest-africaine.


Est-ce que les différents incubateurs que vous venez de citer en sont au même stade de développement ?
Certains pays sont déjà très avancés dans cette démarche, notamment  le Sénégal qui a créé un premier incubateur il y a 5 ans. Le Niger a lui aussi accompagné le développement de nombreuses startups, dont certaines sont présentes ici au Hacking de l’Hôtel de Ville. En Guinée et au Mali, nous sommes en phase de démarrage de nos activités.
L'objectif en étant ici à Paris, c'est aussi de travailler en synergie avec les autres incubateurs dans des partenariats “Sud/Sud” et “Nord/Sud”.

Qu’est-ce que cela représente pour vous de participer au Hacking de l’Hôtel de Ville ?
C'est une expérience extrêmement riche. Nous sommes à Paris depuis quelques jours et nous observons l'implication des différents partenaires publics et privés : la Mairie de Paris, Paris&co, etc. Ce sont des exemples qui nous inspirent dans la mise en place des incubateurs en Afrique de l’Ouest. C’est pour nous également l'occasion de comprendre comment les différents acteurs travaillent ensemble pour favoriser l'innovation et l'accompagnement des start-up. On espère que nos collectivités territoriales et nos États vont s’inspirer d'événements comme celui-ci. Notre objectif en étant ici, c'est aussi une fois de retour sur place, d'être les relais des “bonnes pratiques” que nous avons pu observer lors de cette manifestation et grâce aux visites des différents incubateurs de la ville de Paris (le Cargo, le numa…). Nous devons bien sûr adapter ces pratiques aux contextes des écosystèmes locaux.

Pouvez-vous préciser le rôle d’Orange dans la création de l’incubateur Createam au Mali ?
Orange est à l'initiative de ces incubateurs. Au-delà du concept, Orange nous apporte également un soutien financier et impulse surtout la dynamique partenariale entre les différents  acteurs publics et privés. Orange joue donc un rôle essentiel pour convaincre les différentes parties prenantes du rôle social qu’elles ont à jouer dans l'accompagnement des jeunes entreprises au Mali.

Propos recueillis par Clémentine Dramani-Issifou




L’Afrique à l’honneur


Fatoumata Guirassy : « Je suis la deuxième femme à diriger un incubateur en Afrique de l’Ouest. »





Quelle est la vocation de votre incubateur ?
Nous avons pour mission d’accompagner les jeunes entrepreneurs et les PME innovantes dans trois secteurs, les Tic (Technologies de l’information et de la communication), les énergies renouvelables et l’environnement. Nous démarrons nos activités à Conakry en avril 2016.
Fatoumata Guirassy
Directrice générale de SabouTech,
premier incubateur de start-up de Guinée-Conakry

Dans quel contexte participez-vous à ce Hacking de l’Hôtel de Ville de Paris ?
L’un de nos partenaires, Orange, nous a convié à cette journée, ainsi que trois autres incubateurs africains ceux de Dakar (le Ctic), du Niger (Cipmen) et du Mali (Createam), afin que nous puissions nous inspirer de ce qui se passe actuellement à Paris au niveau de l’incubation. Par exemple de ce que fait Paris&Co, qui va peut-être  rejoindre le réseau que nous sommes en train de mettre en place.

De quel réseau s’agit-il ?
Nous sommes en train de créer Afric’Innov, un réseau entre les quatre incubateurs africains. Notre but est de partager nos expériences, échanger nos compétences et faciliter la mobilité entre nos différents incubateurs. Nous venons ici aussi à Paris dans le but de rencontrer des start-ups françaises car l’écosystème parisien est très développé. C’est un moyen de créer des liens et de monter des projets transfrontaliers entre la France et l’Afrique.

Avez-vous obtenu de l’aide pour monter votre incubateur ?
Oui, nous sommes une association financée à 100% dans le cadre d’un partenariat public/privé. Nous avons à Conakry un lieu de plus de 1000 mètres carrés financé par un de nos partenaires et  situé dans une zone autonome en termes d’électricité, une Bluezone, ce qui permet à nos entrepreneurs d’avoir un accès Internet et Wifi. Nous avons lancé un premier appel à projet. Et nous avons eu des réponses très intéressantes dans le domaine des énergies renouvelables et de l’environnement, deux secteurs où l’Afrique a des défis majeurs à relever. Nous avons deux programmes, l’un de pré-incubation qui concerne des projets qui en sont au stade de l’idée –des personnes qui ont besoin d’éprouver leur idée avant de créer des entreprises- et l’autre d’incubation pour des entreprises déjà créées que nous allons accompagner dans l’accès au financement et au marché. Notre mission est aussi de structurer l’écosystème des start-ups très embryonnaire en Guinée.

Etes-vous la première femme à diriger un incubateur en Afrique ?
Je suis la deuxième à le faire. Il y a déjà Régina Mbodj qui dirige le Ctic de Dakar. Mais je suis la première femme à faire cela en Guinée. J’ai un Master d’économie internationale de la Sorbonne et un MBA en management opérationnel de l’Institut supérieur de commerce de Paris.  Et par ailleurs, je suis moi aussi une créatrice d’entreprise. J’en ai déjà créé deux, l’une à Paris dans le domaine de la mode (Guirazzi) et l’autre à Abidjan en Côte d’Ivoire dans la distribution de produits alimentaires. Du coup, je connais les problèmes réels auxquels sont confrontés les créateurs d’entreprises. Et l’équipe qui est en place avec moi à l’incubateur a également une expérience de l’entreprenariat. Nous sommes donc bien placés pour faire de l’accompagnement.

Propos recueillis par Marie-Laure Théodule 



En Parallèle


Interview d’un directeur d’incubateur


Adrien Rougier directeur associé de 50Partners :
« L’innovation intrinsèque aux start-ups peut être utilisée pour rayonner sur de nombreux sujets et acteurs. »




Qu'attend 50Partners de sa participation au Hacking de l’Hôtel de ville ?
Notre objectif est de mettre en avant des entrepreneurs en leur permettant de présenter leur projet au sein d’un écosystème très riche : des investisseurs, d'autres entrepreneurs et différentes personnes qui peuvent avoir du sens pour le développement et le succès de leurs projets.
Trouvez-vous cet événement utile ?
Il faudra voir le résultat a posteriori pour en mesurer l’utilité et la valeur produite. Toutefois, a minima, je dirais que ce genre d’événement est à encourager car il facilite la vie des entrepreneurs ; au mieux, il accélère leur développement.
Le risque c’est de tomber dans le « French bashing », ou encore dans le « startup wahsing » ; les startups étant à la mode, on en voit souvent à toutes les sauces, dans de nombreux événements. La multiplication d’événements autour des startups se fait en effet parfois au détriment des entrepreneurs pour privilégier la communication autour de cela. L’innovation intrinsèque aux startups peut être utilisée pour rayonner sur de nombreux sujets et acteurs.
Dans quel projet avez-vous déjà investi ?
Dans la session de l'après-midi, nous avons investi dans Deliver-ee qui est une solution autour de la « livraison et logistique » d'une entreprise. Et ce matin, nous avons a investi dans la start-up Brigad, qui est un peu le « Last Minute » du recrutement pour les Hôtels Café Restaurants. Elle propose une application permettant de recruter un employé en tant qu’ « extra » même au dernier moment. Dans la logique des restaurants, il faut parfois remplacer très rapidement un employé absent.
Pour vous, quel projet sort du lot ?
Pour moi, le plus important pour les entreprises en « Early Stage », dont les idées sont encore jeunes, c’est l’équipe. Il se trouve que je suis rassuré parce que l'équipe qui a montré le plus de maturité selon moi, malgré le côté « Early Stage » de leur projet, c’est Brigad ! Je suis donc assez content.
Mais c'est vrai qu'il y avait de beaux projets, malgré peut-être une certaine redondance pour l’auditoire.
Donc vous assumez le fait que l'équipe créatrice/porteuse d’un projet est plus importante que la nature même de ce projet pour un investisseur ?
L'équipe c'est ce qu'il y a de plus important car c'est ce qui permet de se remettre en question, d'être à l'écoute de l'écosystème, des gens, des actionnaires, des investisseurs, et de tous les gens qui encadrent ce projet. N’oublions pas qu’il a fallu, par exemple, 10 ans à Blablacar avant d’atteindre le succès que l’on connaît aujourd’hui.
Si l'équipe n'est pas suffisamment forte elle n’arrivera pas à relever la tête quand il y a aura un échec ou une difficulté dans le développement du projet, ce qui est pourtant le lot de tout entrepreneur. C'est donc vraiment le potentiel de l'équipe qui fait la force du projet.
Propos recueillis par Medhi Naceri

 

Interview d’une start-uppeuse

Maëlle Chassard - Lunii



Nous avons rencontré la start-up Lunii au stand des Makers lors du Hacking de l’Hôtel de Ville de Paris, le 24 mars dernier, ce qui nous a donné l’occasion d’échanger, après coup, avec la Présidente de l’entreprise, Maëlle Chassard.

Tout d'abord, qui êtes-vous ?
Maëlle Chassard - Lunii
Je m’appelle Maëlle Chassard. Jai cofondé Lunii, une start-up d’objets interactifs pour la famille. Notre première innovation est « La Fabrique à Histoires » pour les enfants dès 3 ans. Je suis designer de formation. J’ai fait Strate qui est une école de design à Sèvres, je me suis spécialisé en innovation, projet disruptif et interactivité. Ça faisait longtemps que je voulais être entrepreneur et je voulais faire de mon diplôme quelque chose de concret et donc Lunii est devenu mon projet de diplôme. Je me suis entouré de trois amis pour lancer la start-up et comme je n’avais pas de formation business et que c’était un monde totalement inconnu pour moi, vu que je n’avais que le côté design et concept, j’ai fait une formation d’entreprenariat de quatre mois à lESCP.

Pouvez-vous nous parler de ce transistor et de ce qu'il a d'innovant ?
La Fabrique à Histoires est une nouvelle façon de raconter une histoire aux enfants. L’innovation est la suivante : mettre l’enfant au cœur de l’action. C’est un petit boitier qui prend la forme d’un vieux transistor coloré et l’enfant vient construire son histoire, via une molette, en choisissant un héros parmi plusieurs choix, (donc ça peut être une petite fille ou bien un petit garçon), un univers, un personnage secondaire et pour terminer un objet. Une fois que c’est fait, le boitier lance une histoire avec ce que l’enfant vient de choisir.


Comment avez-vous eu cette fabuleuse idé
e ?
Je suis une grande passionnée d’imaginaire et de tout ce qui est récit, que ce soit la mythologie, le conte ou la fable, et du coup j’ai fait mon mémoire de fin d’études sur l’Imaginaire. Ce que j’ai pu remarquer lors de l’écriture de ce mémoire, c’est qu’aujourd’hui l’imaginaire des enfants est bridé par trop de représentations visuelles imposées par la télévision, les jeux-vidéo, les publicités, les tablettes… Du coup, je voulais proposer aux enfants un objet interactif et ludique qui ne soit pas en désaccord avec son temps mais qui puisse développer leur imaginaire. D’où le retour à un récit audio, surtout que l’on est sur une tranche d’âge de 3 à 7ans, et que c’est à cet âge-là que pour leur développement personnel, l’imagination est très importante, très présente. Plus tard, ils auront tout le temps d’utiliser les tablettes, mais ce que je voulais c’était revenir à un récit audio pour que l’enfant imagine lui-même ce qu’il entend car cest très important pour lui. Un petit exemple : on a fait un atelier il y a 2 ans et demi à la Cité des Sciences où l’on a demandé aux enfants de dessiner un ogre et ils nous ont tous dessiné Shrek ou Hulk. On voit bien qu’il y a quelque chose d’ancré dans leur esprit alors qu’un ogre pourrait avoir une autre forme. C’est pour ça que jai imaginé La Fabrique à Histoires.

Comment avez-vous financé la production de votre offre ?
On s’est lancé grâce au soutien du directeur de mon école de design, qui est un ami, et qui m’a conseillé de le présenter à l’appel à prototype de « Futur en Seine ». C’est ce qu’on a fait et on a reçu une subvention de la région Ile-de-France et de Cap Digital pour produire des prototypes et pour les exposer à Futur en Seine lannée daprès. Avec le soutien du Cube, on a pu créer les 10 premiers prototypes, les premières histoires, les premiers tests avec les enfants en classe, etc. On a donc présenté un prototype fonctionnel au public en juin 2014 qui a reçu un certain succès puisque nous avons reçu le Prix du Public.
On a pu donc récupérer des feedback des familles pour passer aux prototypes industriels afin d’apporter toutes les améliorations possible. Il faut savoir que le premier prototype était en bois, donc il était lourd et il avait un problème d’ergonomie, on a donc pu le faire évoluer vers ce qu’il est aujourd’hui. En même temps, le problème était pour nous : comment faire pour passer d’un prototype fait maison à un prototype industriel ? Nous avons donc rencontré un expert en industrialisation du jouet qui nous a présenté à un bureau d’études chinois, on a pu donc partir en R&D avec ce prototype industriel et cela a mis un an et demi pour être prêt.

Quels sont les axes pour promouvoir vos offres ?
L’achat de notre jouet se fait plus en magasin que sur Internet parce qu’aujourd’hui nous manquons de notoriété et de plus, comme nous sommes une innovation, La Fabrique à Histoires est un objet qui n’existe pas et les gens ont besoin de le toucher, de le tester, de le voir, de comprendre ce que c’est. Pour cela, on a démarché des distributeurs pour être physiquement dans les magasins et au début on ne savait pas comment s’y prendre. Pour l’anecdote, on s’est rendu avec le prototype en bois dans un magasin Nature et Découverte et avons demandé à un vendeur comment vendre notre produit. Comme ce prototype lui a plu, il nous a passé les coordonnées du responsable des achats de l’enseigne qui a répondu à notre mail dans les 10 minutes pour nous donner rendez-vous afin de valider une première commande, alors que l’on en était qu’au prototype en bois.
Après on a participé au Salon International du Jouet où on a pu rencontrer les différents acteurs de la filière de distribution du jouet et du coup aujourd’hui La Fabrique à Histoires sera distribuée chez Nature et Découverte. On a aussi plusieurs petits distributeurs qui nous démarchent pour prendre des petits volumes. On essaye d’être sur tous les terrains, on fait aussi des partenariats avec les bibliothèques, les médiathèques, la SNCF. On fait aussi des ateliers avec la Cité des Sciences, bref, le but pour nous, est d’être un peu partout pour faire tester le produit d’une part et d’autre part pour se faire connaitre afin que le plus de monde possible puissent le connaître et l’acheter.

Comment avez-vous financé la R&D ?
Nous avons dû financer une partie de la R&D industrielle et comme c’était une somme assez conséquente, il nous a semblé judicieux de faire appel au crowdfunding à hauteur de 30%.

Une fois que l’enfant aura écouté toutes les histoires de votre Fabrique, ne craignez-vous pas un désintérêt de celui-ci pour votre jouet ?
Pour faire vivre notre jouet dans le temps, c’est-à-dire afin que l’enfant ne l’utilise pas seulement pendant 10 jours pour ensuite le mettre de côté, nous avons envisagé une boutique en ligne, comme une sorte d’i-tunes store simplifiée, où l’enfant, les parents pourront venir recharger La Fabrique à Histoires en histoires sous forme de pack de 18 ou de 36 nouvelles histoires. L’enfant pourra aussi faire ses achats de façon sécurisée sur un compte que les parents auront approvisionné. Il pourra trouver des histoires qui seront ses favorites car on va mettre en place un système de comptage des différentes histoires écoutées et ainsi nous pourrons proposer des packs à thèmes (espace, pirates, dinosaures, princesses) répondant aux aspirations des enfants. Plus tard, nous mettrons en place des packs interactifs où l’enfant sera actif pendant l’écoute du récit, par exemple, « Est-ce que tu veux que ton héros utilise un arc ou une épée ? »
On veut permettre à l’enfant de créer le récit où il deviendra le héros.
Nous souhaitons aussi proposer du contenu pédagogique, de l’éveil aux langues étrangères, de l’apprentissage de l’Histoire avec un grand H sous forme de petites histoires.
Plus tard, il y aura une fonctionnalité où les enfants, les parents, les grands-parents, pourront eux-mêmes enregistrer une histoire avec leur voix et ensuite la mettre sur la fabrique pour l’écouter ensemble.
Et enfin, à terme, nous souhaitons la création d’une plateforme collaborative où les différents acteurs pourront se partager les histoires entre eux. Cela créera un vivier d’histoires, une communauté qui sera active. On pourra aussi leur demander d’imaginer des packs d’histoires ensemble, etc.



Avez-vous pensé à exporter vos produits et innovations à l'étranger ?
Lannée prochaine, on vise déjà trois marchés de pays européen que nous avons pu approcher lors du Salon International du Jouet : Allemagne, Royaume-Uni et Italie. L’idée est de s’étendre au plus grand nombre de pays. On veut traduire les histoires pour que la culture française soit transmise, mais il va falloir les adapter aux autres pays comme le Japon car pour l’instant ce sont des histoires adaptées à la culture occidentale, on fera donc appel à des auteurs sur place pour qu’elles soient adaptées à la culture du pays client.

Pendant un an et demi vous avez attendu que le prototype se développe, qu’avez-vous fait pendant cette année-là ?
Plein de choses ! On a fait des événements pour se faire connaître. Il y a aussi des problématiques de financement, là, par exemple, on est en cours de levée de fonds. On a choisi de faire un crowd-equity sur la plateforme Sowefund parce que ce projet parle à plein de gens donc le crowd-equity permet de rassembler ces personnes. On pitch aussi devant des réseaux de Business-Angels, on vise 500 000 € pour faire aboutir tous les projets que je viens de vous présenter, pour agrandir l’équipe aussi car pour l’instant on est quatre et ça commence à faire beaucoup de tâches pour chacun. Il y a plein de choses à gérer : la boutique en ligne à créer, son contenu, le fonctionnement de la start-up, la stratégie… . Il y a vraiment beaucoup de choses à faire, comme entretenir la relation avec les chinois, c’est-à-dire faire des allers-retours en Chine.

Pourquoi avoir choisi ces acteurs du crowdfunding ?
On a choisi Ulule parce qu’on a eu un très bon feeling avec eux, de très bons rapports humains et du coup quand on se sent à laise c’est plus simple, ils sont ouverts, ils sont disponibles, il y a un bon dialogue.
Pour Sowefund, c’est la même chose, on a participé au concours du Fundtruck, on est arrivé grand finaliste et il y a eu un bon feeling avec eux et on les connaissait depuis un moment car ce concours prend du temps. Donc on s’est dit « go » tout en analysant ce qu’ils peuvent nous apporter via le crowdfunding.

L’air du temps étant pro développement durable, votre Fabrique à Histoires est-elle pro développement durable ?
Non pas du tout. À part le packaging, il n’y a rien de recyclable aujourd’hui  parce que ce sont des coûts, de la R&D, donc c’est compliqué pour une start-up. C’est ce que je voulais à la base, je pensais très naïvement, après mon diplôme, que je pouvais faire du Made in France écoresponsable en un claquement de doigt, ce qui n’est pour l’instant pas possible.



Propos recueillis par Mehdi Naceri et François Serrie








Voyage d'étude MS Entreprendre promotion 2015 à Milan


Jean-Yves Baglan, Guillaume Boyer-Gibaud, Henri Fréchon, Laëtitia Le Saout, Sylvie Ligny, Akim Nonvide, Talia Olvera-Martinez, Elodie Vachias-Llobet


Début juillet, bravant les attaques de moustiques et la chaleur tropicale milanaise, les apprentis entrepreneurs du Mastère spécialisé du Celsa ont arpenté les allées de l'Exposition universelle 2015. Ils ont aussi approché une gestion de personnel innovante chez Unicrédit et débattu sur le monde des médias avec le professeur Fausto Colombo de l'Université catholique de Milan.

Visite guidée en 2 minutes :
video




L'Expo Milan 2015

Bref retour en arrière : la première exposition « universelle » fut organisée à Londres en 1851 pour être la vitrine technique et artistique des différentes nations, en pleine révolution industrielle. Les expositions universelles ont lieu tous les 5 ans.



Quelques chiffres de l'édition 2015 :
  • 34ème exposition universelle,
  • 184 jours d’exposition à partir du 1er mai 2015,
  • 110 hectares à la périphérie de la capitale Lombarde,
  • 20 millions de visiteurs prévus (dont 15 millions d’Italiens),
  • 3,2 milliards d’euros d’investissement (dont 1,3 milliard d'euros de dotation publique,  1 milliard d'euros des pays étrangers et 900 millions d’euros de frais de gestion) et 10 milliards d'euros de travaux connexes (infrastructures routières, achats de terrains...) sans inclure les frais d'entretien du site à l'issue de l'Expo.
  • 53 pavillons nationaux pour 145 pays participants,
  • 10,1 milliards d’euros de retombées additionnelles attendues sur le PIB italien.




Témoignage



Agnès Varjas, architecte hongroise, a participé à la réalisation du pavillon de son pays à l’Expo
2015 et se réjouit de rester sur place pendant toute la durée de celle-ci.


« L’expo est toujours, à mes yeux, une opportunité pour les pays de montrer leurs réalisations en fonction du thème de l’expo. Cela donne une idée des directions souhaitées par les leaders des pays dans toutes sortes de domaines, économique, financier.… Dans le cas du thème de cette année en particulier, cela montre les ressources dont disposent les pays.
En tant qu’architecte, l’Expo continue d’être une bonne occasion de montrer les tendances en architecture de chaque pays. Même si de nombreuses personnes pourraient penser que ce genre de manifestation ne sert plus à grand chose en regard de toutes les possibilités techniques dont nous disposons maintenant.
« L’exposition universelle reste un lieu important d’échanges »,
Agnès Varjas

Agnès Varjas, architecte hongroise,
 Je pense qu’elle offre toujours de belles opportunités de trouver de l’inspiration et d’échanger avec les autres pays. C’est quand même unique d’avoir autant de pays réunis en même temps sur un même lieu. Il est donc toujours intéressant d’en profiter malgré toutes les connexions existantes. »
Ce qu’elle aime : son regard se porte sur l’aspect architectural des pavillons. Elle souligne un grand contraste entre des pavillons très high tech et d’autres très traditionnels.



« J’aime beaucoup le pavillon brésilien qui n’est pas une réalisation très couteuse je pense mais dont le parti pris est inter-générationnel et ludique. »



L'autre réalité de l'Expo vue par des opposants milanais




Rencontre avec deux agriculteurs, Coldiretti

L'agroalimentaire génère aussi des startups innovantes


À l'occasion de l'Expo 2015, nous avons rencontré deux jeunes agriculteurs de Lombardie impliqués dans l'association Coldiretti, principale organisation d'exploitants agricoles italienne. Occasion qui nous a été donnée par l'entremise d'Arianna Giuliodori, conseillère en affaires européennes et internationales pour l'association, de découvrir que l'agriculture est aussi un support à la création de structures innovantes, à taille humaine.

Stefano Ravizza, viticulteur et Arianna Giuliodori, responsable des affaires

Stefano Ravizza est président des jeunes agriculteurs de Lombardie et viticulteur. Un métier qu'il exerce en famille depuis 2005 dans un esprit de perpétuelle recherche d'innovations. A commencer par la base de l'activité : le vin. Le raisin récolté sur les 26 hectares de vigne que compte l'exploitation est vinifié sans sulfites. Les bouteilles produites sont étiquetées avec un flashcode renseignant sur l'origine du raisin et l'histoire de l'exploitation. Stefano s'est aussi lancé dans la diversification de produits à partir de la vigne elle-même. Les déchets de la taille pratiquée en cours de saison sont décortiqués. Les feuilles sont triées, ramenées pour partie en cuisine, farcies de riz selon la recette de la spécialité grecque bien connue et pour partie assemblées pour la fabrication de sets de table. Stefano va plus loin encore dans sa recherche de produits innovants. Après le succès de sa gelée de vin lancée il y a quelques années déjà , il vient de s'associer à un chocolatier pour proposer et vendre des chocolats fourrés à la gelée de vin.

Carlo Maria Recchia, producteur de maïs noir
Carlo Maria Recchia produit du maïs depuis 2013. Mais pas n'importe lequel : une variété noire très ancienne dépourvue de gluten. Comme Stephano, la mise en scène de son histoire joue un rôle important dans la communication. Carlo a démarré son exploitation avec quelques grains obtenus auprès de la Réserve mondiale de semences de Svalbard, à quelques encablures du pôle Nord. Un  maïs aux origines péruviennes que Carlo entreprend de cultiver sur 2 ha tout en cherchant en parallèle les moyens d'en tirer tout le potentiel : Il met à fabriquer de la farine, du pain, de le bière et des produits pour la pâtisserie. Jusque là, rien de bien spectaculaire direz-vous. C'est alors que Carlo déniche une recette ancestrale qui serait à l'origine de la culture de cette variété et se lance dans la production de vin de maïs noir !
Preuve que l'inventivité en agro-alimentaire n'est pas l'apanage des sociétés internationales à gros budgets de recherche et développement. Les start-ups qui soignent leur communication peuvent se faire une place au soleil.
C'est juste un peu dommage que ses emballages de farine de maïs noir soient estampillés d'effigies mayas, civilisation localisée en Amérique centrale et non en Amérique du Sud, où se trouve le Pérou !


Pour en savoir plus :
Coldiretti : www.coldiretti.it
Outre la promotion de la production agricole, le réseau Coldiretti promeut l'agritourisme, l'agroalimentaire et développe un label alimentaire. Une de ses particularités est d'ouvrir l'association à un grand nombre d'acteurs de la filière dont la distribution alimentaire locale.
Arianna Giuliodori : arianna.giuliodori@coldiretti.it
Stefano Ravizza : www.cantineravizza.it
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La communication des grands groupes agro-alimentaires

Nourrir la planète, un sujet à facettes



« Nourriture est vie », telle est la campagne de communication qui a été lancée à compter du 2 novembre 2014 pour promouvoir cet évènement planétaire. 
Il s’agit de fédérer tous les pays participants, visiteurs, médias, politiques… autour d’une problématique emplie de contradictions. Il s’agit, en outre, de tenter de réfléchir à une façon d’atténuer les écarts entre des populations qui souffrent de malnutrition, de ‘non-nutrition’, de surnutrition… afin de rétablir un équilibre viable entre ressources et consommation, éviter le gaspillage.

Mais, la nourriture est aussi un mode de vie, une façon de dévoiler ce que chaque population est, une façon de déguster la vie, un moyen d’être en bonne santé, en forme ou non. C’est aussi un travail au sens de production, création car l’Homme doit ‘cultiver son jardin’ pour s’accomplir, construire sa propre identité, survivre.
« Nourrir la Planète, Energie pour la vie », 
tel est le thème de l’Exposition universelle Milan 2015.

C’est ainsi que dans le guide des participants, diffusé à l’occasion de l’Expo, les questions posées sont autant de défis à relever : «Est-il possible d’assurer à toute l’humanité une alimentation suffisante, de qualité, saine et durable?» « Comment garantir une alimentation saine à tous ? Comment la nourriture et la santé sont-elles en relation dans les modes de vie, dans les activités motrices et dans le bien-être des individus? ».....

Tous étaient invités à ce grand vivier de réflexion… même les grands groupes de l’agroalimentaire tels que Mac Donald’s ou Ferrero. Ce dernier s’est targué d’une ‘décoration’ pour le moins  envahissante avec des pots géants de Nutella… Etait-ce un moyen de pousser la réflexion du visiteur sur le côté exagéré de la taille de l’objet en rapport avec sa consommation ou un super coup de pub attractif voire ludique pour les plus jeunes ?…. 

La véritable problématique est peut-être de comprendre comment allier le business et la protection alimentaire ou bien de faire prendre
conscience que le plaisir gustatif n’est pas synonyme de protection de la planète ni de santé. La vraie éducation consiste à enseigner l’acceptation de ses choix dans toute l’ampleur de leurs conséquences pour mieux lutter contre.


Ailleurs à Milan

Unicrédit casse les codes du bureau


C’est également durant notre séjour à Milan que nous avons eu le plaisir de retrouver Luciano Traquandi, qui nous avait déjà fait l’honneur de venir échanger avec nous au CELSA sur la notion de changement au sein des entreprises. 


Dans cette optique, il nous a ouvert les portes de la toute récente tour Unicrédit, un gratte-ciel magnifique, à la fois symbole du premier groupe bancaire italien, mais aussi et surtout terreau d’innovation en matière de gestion des ressources humaines et d’organisation du travail en entreprise. C’est en effet dans cette immense tour, la plus haute d’Italie si l’on en considère l’antenne, que le groupe Unicrédit a installé son siège social en 2013.

Outre de nouvelles organisations de
travail, Unicrédit propose des bureaux (nomades) très paysagers.
 Ici, on mise sur les couleurs et la modernité. On casse les codes et on va même jusqu’à installer des bureaux dans les arbres ! 
Alors que les « open space » et les pénibles conditions de travail qui y sont associées ont encore le vent en poupe dans la plupart des entreprises européennes, toutes catégories confondues, Unicrédit a misé sur un agencement des espaces de travail qui semble plus adapté : bien sûr, nous y avons retrouvé les fameux bureaux en open space, mais en quantité bien moins conséquente, et réservé à des activités silencieuses qui ne risquent pas de distraire l’ensemble des collaborateurs qui sont à proximité. 

Dans le même sens, des cabines téléphoniques parfaitement isolées ont été installées dans tous les étages, afin que chacun puisse téléphoner sans déranger personne. Le silence c’est une chose, mais il faut aussi pouvoir discuter. A cet effet, les classiques salles de réunion ont été remplacées par des salles dites d’innovation, où tous les murs sont tableaux et où la table a été remerciée.

L’agencement de l’espace de travail est une chose, mais ce qui nous a le plus surpris en est une autre : personne n’a de bureau attitré. On s’installe où il y a de la place et le soir on range ses affaires dans un casier. Et ce principe s’applique à tous les échelons de la hiérarchie d’Unicrédit. 

Ainsi, vous l’aurez compris, chacun peut programmer une réunion dans le bureau du directeur de tel ou tel service, la seule condition étant d’effectuer une réservation. Ce jeu des chaises musicales va de paire avec le développement du télétravail au sein des équipes d’Unicrédit, qui se voient imposer un jour de travail par semaine à la maison. 

La tour Unicrédit (Milan),
réalisée par l'architecte 

César Pelli, est la plus haute d'Italie
Résultat d’une équation compliquée, le télétravail répond à bien des problèmes comme le coût des locaux pour l’entreprise ou le temps de transports jusqu’au lieu de travail pour l’employé, et semble finalement satisfaire les deux partis, sans pourtant affecter la productivité, bien au contraire. 

Cette visite d’Unicrédit fut particulièrement intéressante, au vu notamment des divers éléments d’organisation listés plus haut, mais ce que nous en retenons surtout c’est cette volonté d’innovation et cette capacité d’adaptation développées au sein d’un groupe bancaire, secteur d’activité dont l’image peut parfois laisser à désirer.
Luciano Traquandi, 
professeur d'Université et 
consultant en management












Rencontre des étudiants du MS Entreprendre avec le professeur Fausto Colombo


Après une visite du campus de l'Université catholique de Milan, le professeur Fausto Colombo, chercheur en sciences de l’info dans cet illustre établissement, nous a accordé une longue interview à propos de l'exposition universelle... sans langue de bois. 

Mastère Spécialisé (MS) : Quelle est votre vision de l’exposition universelle qui se tient actuellement dans votre ville de Milan ?

Fausto Colombo (FC) : On peut adresser pas mal de critiques à cette exposition universelle comme à toutes les précédentes. Pour moi, c’est d’abord une grande foire, une grande foire de la consommation. Mais, en même temps, elle ne peut pas être réduite à ce spectacle. La nouveauté de Milan 2015 a été d’essayer de mettre en avant un thème de société (Nourrir la Planète) et donc d’aborder des questions qui ne sont pas seulement commerciales. Mon université et moi avons d’ailleurs travaillé pour l’exposition universelle. Nous avons rédigé les textes du « cluster Cacao » et formé les personnels de ce cluster. Et, nous avons organisé deux congrès qui se sont tenus en septembre.



MS : Nous avons été les témoins d’une manifestation hostile à l’exposition universelle dans les rues de Milan. Quelle est l’ampleur de cette contestation ?
FC : L’opposition à l’exposition universelle a été effectivement très forte au début. C’était une des deux grandes batailles politiques en Italie avec le conflit autour du TGV Lyon-Turin et on a craint de revivre les batailles de rue du G8 à Gênes en 2001 avec son cortège de répression policière. Parallèlement, on a assisté à un grand mouvement d’unité nationale entre la gauche et la droite qui estimaient que l’exposition pourrait être une belle occasion pour Milan et pour toute l’Italie, surtout en période de crise économique. Je trouve aujourd’hui absolument suicidaire que l’on milite pour l’échec de l’expo. Elle a lieu et je souhaite qu’elle soit un  succès commercial. Nous en avons terriblement besoin en Italie. Je ne me vois pas souhaiter son échec.
« Une analyse de la communication doit être à la fois cynique et tendre »,  
Fausto Colombo

MS : L’Exposition universelle n’est-elle pas un laboratoire géant d’expérimentation pour vos travaux sur les medias ?
FC : Oui, on peut le dire bien qu’elle ne figure pas au centre de mes travaux personnels en ce moment. L’Université Catholique de Milan en profite pour étudier les dispositifs de communication publique à l’oeuvre. Que veut dire pour une ville et un pays de créer un évènement recevant des individus qui viennent du monde entier ? Comment sont organisés les espaces commerciaux ? Autant de questions qui sont étudiées par mes collègues.

MS : Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
FC : J’étudie principalement les thématiques de la nourriture et du repas dans la communication télévisée, cinématographique et sur les réseaux sociaux.

Université catholique du Sacré-Coeur, 
fondée en 1921, annoncée comme la plus
grande université privée d'Europe
MS : Que pensez-vous de la présence de grandes multinationales comme McDonald’s ou Ferrero sur l’exposition universelle alors qu’elle a pour ambition de « nourrir la planète » et de promouvoir une alimentation saine pour tous ?
FC : Oui, effectivement, cela peut choquer. Mais, comme je l’ai dit, c’est une grande foire. Une foire avec une thématique, certes, mais une foire. Le cas de Ferrero, que je connais très bien, est un peu particulier. L’entreprise dispose d’une fondation très intéressante. Ce sont leurs activités sociales qu’ils présentent, bien que la marque et l’activité commerciale soient aussi très présentes. Quant à McDonald’s, comment imaginer un événement sur la nourriture sans leur présence ? On peut décider de ne pas aller manger chez McDonald’s - je pense d’ailleurs que c’est le plus raisonnable - mais on ne peut pas faire semblant de croire qu’il n’y a pas de fastfood sur la planète. En revanche, cela ne doit pas empêcher le débat intellectuel.
J’ajoute qu’il y a aussi une autre très grande entreprise alimentaire sur l’exposition : l’Italie. Je préfère naturellement l’alimentation que propose cette dernière mais on ne peut pas nier que c’est également une présence éminemment commerciale du pays.



MS : On vous sent très clément avec ces industriels…
FC : Je dis toujours à mes étudiants que, quand on analyse les stratégies de communication, il faut être cynique et tendre. Il faut être cynique parce qu’il faut être critique, radicalement critique du point de vue intellectuel. Il faut être tendre parce que dans la communication il y a des femmes et des hommes, comme nous. Nous ne sommes pas meilleurs qu’eux. On devrait être un peu tolérant avec les personnes mais pas avec les idées.

MS : Beaucoup de visiteurs se plaignent d’un déficit de pédagogie à destination des plus jeunes.L’information semble assez complexe alors que c’est précisément la génération à toucher. Quel est votre ressenti sur cette question ?
Rencontre du MS Entreprendre avec
le Professeur Fausto Colombo,
FC : Je pense que l’exposition universelle ne peut constituer qu’une occasion de d’entrevoir des réalités et que ce n’est qu’en revenant en classe qu’on peut en faire une exploitation pédagogique. On ne va pas à une foire pour apprendre de manière traditionnelle. Je sais que vous avez chez vous en France une longue et intéressante tradition de recherche et d’expérimentation sur les musées. En Italie, c’est très différent. On ne conçoit pas de s’amuser dans un musée, d’émouvoir les visiteurs et même d’évaluer les dispositifs muséaux. On estime qu’on peut entrer dans un musée sans aucune référence artistique et qu’en regardant simplement les oeuvres on va tout comprendre !
Je crois au contraire qu’on peut émouvoir ou amuser pour mieux étudier et comprendre. Et, surtout, on ne peut pas se passer d’une médiation et d’un accompagnement.
MS : En pénétrant dans les différents pavillons de l’exposition, on perçoit parfois la représentation que se fait le pays de lui-même. Chaque visiteur arrive aussi avec sa propre représentation du pays en question. Que reste t-il de cette confrontation ?
FC : Je suis très amusé par les propos des visiteurs quand ils souhaitent visiter un pavillon. Ils disent généralement « Allons aux Etats-Unis » ; « Allons aux Pays-Bas » ou encore « Allons en Turquie »… Je trouve cela très intéressant. L’exposition universelle donne l’illusion d’avoir le monde entier à sa portée. Mais comment envisager de résumer un pays dans un pavillon ? On doit évidemment faire un choix. L’Autriche a choisi une forêt. Est-ce seulement cela l’Autriche ? La Grande Bretagne a fait le choix de créer une ruche...Pour dire quoi ?

Sans compter que l’exposition universelle, comme toutes les grandes foires, a plusieurs publics à qui il est impossible de répondre à tous de la même façon. Les plus intellectuels restent un peu en dehors du dispositif et l’analysent quand d’autres viennent là en immersion dans une expérience un peu merveilleuse. 
De ce point de vue-là, l’arbre de la vie est intéressant à analyser. 
C’est un spectacle et que se passe t’il à la fin ?
Les gens applaudissent. 
Ils applaudissent quoi ? 
Professeur Fausto Colombo,
chercheur à l'Université catholique 

du Sacré Coeur à Milan
Un ordinateur qui fait tourner l’arbre ?





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